Livres

La peinture de masse. Art et société de consommation (2026)

Cet ouvrage ne vise pas à analyser un style, une catégorie historique, un mouvement, mais plutôt un « imaginaire » dépendant de phénomènes sociaux et, surtout, commerciaux. Nous pourrions dire que son objet premier n’est peut-être pas véritablement la peinture, mais plutôt une affinité humaine pour cette dernière ; et plus précisément, une affinité populaire qui se matérialise dans le monde marchand.
Le phénomène de la peinture de masse déborde les institutions traditionnelles de l’art, se situant plutôt du côté de ce que Hervé di Rosa nomme « les arts modestes », l’historien de l’art qu’est Jean-Baptiste Carobolante se tourne vers l’histoire sociale, économique et culturelle de notre modernité capitaliste.
Cette ouverture disciplinaire lui permet de sortir de l’impasse où se trouve une certaine pensée élitiste ne pouvant se faire à « l’idée d’une reproduction effrénée de ce qui, auparavant, était unique », selon une formule empruntée à Emmanuel Pernoud. De fait, elle lui permet d’appréhender la dimension économique de cette peinture, reflétant la violence des lois du marché, en même temps que la dimension affective légitime dont elle peut être investie : « la peinture reproduite », écrit-il, « est à la fois porteuse du calcul économique qui l’a pensé, mais également du choix de la consommatrice et du consommateur qui, parmi la pléthore d’images qui s’offrent à eux, se l’approprient ».
Cette ambivalence est centrale dans l’histoire de la peinture de masse que retrace Jean-Baptiste Carobolante. Que ce soit en se penchant sur « l’incarnation romantique et divine de l’artiste » mise en scène par le peintre à succès Vladimir Tretchikoff ou sur les collaborations avec les studios Walt Disney du peintre réactionnaire Thomas Kinkade, il met en lumière toute la complexité du destin de leurs œuvres. Diffusées à une très vaste échelle, la signification et l’usage des peintures de masse finissent par échapper à leurs créateurs et promoteurs, de sorte qu’« elles vivent de manière souterraine, fonctionnant par récupération et détournement de la culture majoritaire, trahissant toute idée de consensus. »
Pour cerner cette production picturale malgré sa dissémination, le panorama que propose Jean-Baptiste Carobolante procède en six étapes, consacrées aux principales variantes de la peinture de masse : la peinture familiale, qui conforte une certaine perception de la vie domestique ; les représentations féminines, qui traduisent les conceptions en vigueur de la féminité et de la virilité ; la peinture touristique et exotique, qui en fantasmant l’ailleurs révèle quelque chose de la situation occidentale ; la peinture traditionnelle stéréotypée, qui manifeste un classicisme de synthèse comme élément d’identification artistique et national ; la peinture fantastique, qui reprend les codes du surréalisme en les adaptant à l’imaginaire consumériste ; et enfin l’art red-chip, qui célèbre le nouveau capitalisme d’enrichissement.
La peinture de masse expose toutes les dimensions et les contradictions du phénomène qu’elle cherche à mieux comprendre, sans céder à la tentation de la simplification. Elle est une investigation rigoureuse, héritière tant des études culturelles fondées par Richard Hoggart et œuvrant à réhabiliter la culture populaire que de la critique de l’industrie culturelle de masse menée par Theodor Adorno et Max Horkeimer : elle ne nie pas la « densification joyeuse » de la vie que peuvent procurer ces peintures à celles et ceux qui les chérissent, tout en mettant en lumière la façon dont les classes au pouvoir, décidant de ce qui circule massivement dans la sphère culturelle, cherchent bien souvent « à cloisonner l’imaginaire des classes subalternes afin de les conduire vers ses propres intérêts ».

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Beaubadugly. L’autre histoire de la peinture (2024)

Qui n’a pas regardé avec admiration ou tendresse l’image encadrée d’un enfant qui pleure, d’un Poulbot aux joues rouges ou d’un clown de Bernard Buffet ? Pour beaucoup, la peinture c’est ça. Qui sont ces peintres ayant eu un moment de gloire populaire avant de tomber dans l’oubli, ces artistes au succès jamais démenti, pourtant relégués dans l’ombre de l’histoire ?

BEAUBADUGLY – L’autre histoire de la peinture montre sans complexe les peintures originales de ces artistes à la marge de l’imaginaire et du goût commun, qui ont parfois vendu des reproductions de leurs œuvres par milliers en supermarché et dont les posters nous sont familiers.

Ce catalogue accompagne l’exposition présentée au MIAM du 28 juin 2024 au 9 mars 2025.

Ce panorama de la peinture commerciale, médiatique et populaire, de Vladimir Tretchikoff à Bernard Buffet, mis en scène par Hervé Di Rosa et Jean-Baptiste Carobolante, s’attarde sur les différentes trajectoires qu’a pris ce champ pictural au XXe siècle : de l’idéalisation du corps féminin au paysage touristique, en passant par la médiatisation des peintres et la naissance d’un nouveau public artistique populaire. Cette exposition est particulièrement importante pour Hervé Di Rosa, qui, en plus du commissariat global de l’exposition avec Jean-Baptiste Carobolante, a été à l’initiative de la publication de la première bourse de recherche du MIAM, financée en intégralité par la Fondation Antoine de Galbert et encadrée par l’INHA. Jean-Baptiste Carobolante, lauréat de cette bourse, a entrepris depuis 2021 une recherche sur la peinture marchande, dont BEAUBADUGLY – L’autre histoire de la peinture sera le premier événement, avant la publication à venir d’un ouvrage scientifique.

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Comme si la nuit avait dévoré le monde. Petite histoire de la photographie des rêves (2024 – avec Philippe Baudouin)

Quoi de plus intime que nos rêves, sensations indicibles chargées d’impressions lacunaires, que l’on s’efforce en vain de recoller… Et s’il était possible d’en conserver une trace grâce à la photographie ? Tel fut, au tournant du XIXe siècle, le défi que tentèrent de relever le médecin Hippolyte Baraduc et le commandant Louis Darget. En s’affranchissant des conventions scientifiques, les deux chercheurs explorèrent ainsi la frontière entre visible et invisible, aspirant inlassablement à travers d’innombrables dispositifs à percer les mystères du psychisme humain. En s’appuyant sur une sélection iconographique rare, voire inédite, Philippe Baudouin et Jean-Baptiste Carobolante nous invitent à parcourir l’histoire de la photographie des rêves, à la fois utopie traversant la mémoire de l’Occident et technique magique indisciplinée.

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L’image hantée. Horreur et épouvante dans le cinéma et les séries américaines contemporaines (2023 – avec Philippe Ortoli)

De nombreux livres ont été écrits sur le cinéma et les séries télévisées d’épouvante et d’horreur au sein des États-Unis contemporains, mais aucun en France n’avait encore tenté de traiter le phénomène dans son ensemble. Pour répondre à cette ambition, quinze spécialistes ont été invités à se focaliser chacun sur un élément précis du sujet. De nombreux aspects complémentaires sont ainsi abordés, comme la résurgence du motif cannibale, l’influence de l’imaginaire «trumpien», le spiritisme, l’horreur adolescente, l’épouvante cybernétique, la prégnance de la figure du zombie ou l’importance du gore. L’analyse de tous ces territoires, à laquelle s’ajoute une bibliographie de référence sur le sujet, permettra au lecteur d’appréhender les fondements des peurs américaines contemporaines, de découvrir en quoi ce cinéma est si important pour comprendre cette civilisation et d’appréhender de nouveaux réalisateurs, encore peu connus, mais en plein devenir.

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L’image spectrale. Allégorie du cinéma de spectre (2023)

Depuis la fin du XXe siècle, nos histoires de fantôme ont été systématiquement remplacées par des récits de spectre. Alors que nous employons habituellement les deux termes de façon similaire, le spectre est pourtant beaucoup plus offensif. Il cherche à s’incarner, à n’importe quel prix. Le cinéma de spectre, dont l’un des films principaux est Ring, réalisé par Hideo Nakata en 1998, s’empare de cette distinction pour mettre en scène des peurs viscéralement liées à notre époque et offrir une manière de penser notre rapport contemporain aux images.
Jean-Baptiste Carobolante propose ici une étude de ce cinéma et une théorie de ce que pourrait être une « image spectrale ». Étude qui se laisse submerger par les images et les récits pour en étudier tous les aspects : la hantise de la maison hantée croise celle des dispositifs technologiques, la dépression des personnages rencontre la possession démoniaque.
L’image spectrale. Allégorie du cinéma de spectre est autant un ouvrage d’histoire de l’art qu’un livre d’étude cinématographique et un essai philosophique sur la hantise des images. Il est la version adaptée d’une thèse de doctorat en histoire de l’art soutenue en 2020.

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